Patrick Hugh Henderson Macleod

Patrick Hugh Henderson Macleod, MBE, APR, FCPRS(H), LM
1916-2015
Directeur général de la SCRP de 1972 à 1985


Plusieurs des membres de la SCRP se souviennent de Patrick Macleod comme étant le directeur général de longue date de notre organisme. Il a dirigé le bureau national pendant 13 ans et a laissé une marque indélébile grâce à sa profonde expertise. Toutefois, Patrick Macleod était beaucoup plus qu’un fonctionnaire efficace. Il était un maître communicateur, un père et un grand-père fier, ainsi qu’un soldat hautement décoré.

Comme le dit la vieille chanson, « les soldats ont un je ne sais quoi », et les gens qui connaissaient Patrick Macleod étaient du même avis. Né en plein cœur de la Première Guerre mondiale, et vétéran de la seconde, Macleod a fait preuve d’une discipline militaire et d’un engagement envers le travail d’équipe qui ont fait de lui un atout indispensable au sein de la profession des relations publiques.

Enfance et début de carrière
Patrick Hugh Henderson Macleod est né en 1916 à Londres, en Angleterre, deux jours avant la Fête de Noël. Selon les notes biographiques fournies par sa fille Sandra, un des premiers souvenirs de son père, l’aîné d’une famille de quatre enfants, est d’avoir aperçu trois biplans allemands traversant le ciel au-dessus de sa maison avec pour mission de bombarder la ville de Londres.

Élevé à Guildford, dans le Surrey, au sud-ouest de Londres, le jeune Patrick excellait dans les sports de groupe; il était le capitaine de l’équipe de hockey sur gazon de son école et une vedette au cricket et au rugby. Il a poursuivi ses prouesses jusqu’à l’Université de Cambridge, où en 1938, il figurait parmi les membres de l’équipe gagnante de la célèbre course annuelle d’aviron opposant les équipes des universités d’Oxford et de Cambridge. Son nom est toujours solidement gravé sur l’aviron de l’équipe.

Patrick a obtenu un diplôme en économie et en droit du collège Trinity Hall de l’Université Cambridge. Un des anciens étudiants de ce légendaire collège du 14e siècle est Marshall McLuhan, qui y a étudié de 1934 à 1936; les deux érudits contemporains auraient bien pu se connaître. Peut-être est-ce même dans le cadre d’une conversation avec Marshall que Patrick s’est d’abord intéressé au Canada?

Les années de guerre
Comme la plupart des jeunes hommes de l’Angleterre et de l’Europe, la Deuxième Guerre mondiale s’est vite immiscée dans la vie de Patrick. Les expériences qu’il vivrait au cours des prochaines années semblent être tirées tout droit des manchettes du journal de la Deuxième Guerre mondiale.

Après sa formation au sein des corps d’officiers de l’Armée britannique à l’Oundle School, Patrick s’est joint au Corps royal de l'intendance de l'Armée britannique et a été promu au rang de sous-lieutenant. Le 2 juillet 1939, il a été affecté à la France au sein du corps expéditionnaire britannique contre l’avancée foudroyante de l’armée allemande. En juin 1940, il figurait parmi les plus de 338 000 militaires secourus dans le cadre de la célèbre évacuation héroïque à Dunkerque. Peu de temps après s’être rétabli de la malnutrition et des conditions extrêmes endurées à Dunkerque, il a été affecté à l’Afrique du Nord. Au cours des trois années suivantes, passées dans des conditions tout aussi difficiles en plein cœur du désert occidental, il a été promu au grade de lieutenant, ensuite de capitaine et de major, et plus tard, nommé sous-directeur général adjoint du transport du quartier général du 30e Corps. Parmi les divisions sous son commandement, on retrouve la célèbre 7e Division blindée, aussi connue sous le nom « les rats du désert ». C’est ici qu’il s’est joint à la campagne qui a réussi à vaincre l’armée allemande dirigée par Rommel en Afrique du Nord.

Responsable en partie de la défaite de Rommel au mois de mars 1943, Major Macleod a ensuite pris part à l’invasion de la Sicile au mois de juin de la même année, et à partir de là, grâce à la prise de pied nouvellement établie à Messine, il s’est dirigé en septembre à travers le détroit, jusqu’à l’extrémité sud de l’Italie. C’est dans le cadre de cette opération qu’il est cité à l’ordre du jour et qu’il est nommé Membre de l’Ordre de l’Empire britannique, obtenant ainsi la distinction MBE militaire pour sa « dévotion exceptionnelle à sa responsabilité sous des conditions difficiles ».  Sa citation de MBE est la suivante : « En préparation et dans le cadre de l’opération de la campagne sicilienne, cet officier a travaillé avec une énergie inépuisable à l’exercice de ses fonctions en tant que sous-directeur général adjoint du transport. Il s’agit d’une période où la gestion du transport exigeait un degré élevé d’initiative. Cette emprise rapide et efficace du portrait changeant des exigences, et sa capacité à intervenir rapidement malgré l’évolution perpétuelle de la situation, ont largement contribué au fonctionnement optimal du transport ». À l’âge de 28 ans, il est clair qu’il était un jeune officier respecté, dévoué et extrêmement efficace.

De retour au nord de la France et travaillant toujours au sein du quartier général du 30e Corps, Major Macleod a bouclé la boucle lorsqu’il est atterri sur les plages de Normandie, le 6 juin 1944, soit le Jour J. Il a alors traversé la France et la Belgique jusqu’aux Pays-Bas, là où son service militaire a pris fin au moment de la cessation des hostilités. Il est presque certain que Patrick a rencontré et combattu aux côtés de nombreux Canadiens à la clôture de son service militaire.

Après la guerre, Patrick et un vieil ami de l’école, Arnold Fawcus, ont fondé une entreprise spécialisée dans la publication de livres à tirage limité au Royaume-Uni et en France. Au mois de juillet 1947, il a épousé Françoise Donny, la fille d’un baron belge, et a fondé une famille qui serait bientôt composée de quatre filles : Fiona, Sheena, Patricia et Sandra. 

En route vers le Canada
En 1952, Patrick et sa famille sont venus s’installer à Montréal, au Canada, où il s’est décroché un emploi à la tête du Book of the Month Club au sein de la publication Reader’s Digest.

Comme c’est le cas de certains autres praticiens, l’expérience de Patrick dans le domaine de l’édition lui a donné le goût des relations publiques. Il a amorcé ce volet de sa carrière en dirigeant le service des communications chez British Petroleum (BP) au cours de la prochaine décennie. 

Patrick a ensuite joué un rôle intégral dans une des plus importantes réalisations du pays liées aux relations publiques, l’Expo 67, lorsqu’il a grandement contribué à la direction du Centre du commerce international de l’événement. Cette attraction internationale incroyable exigeait alors, non seulement la construction de 90 pavillons futuristes, mais la création de l’Île Sainte-Hélène sur laquelle ces derniers allaient s’ériger, et le pont de la Concorde pour y accéder; et tout cela, en l’espace de quatre ans et demi, au cœur d’une époque où les travailleurs de la construction utilisaient encore des scies égoïnes et des marteaux à panne fendue. Sous la direction d’Yves Jasmin, le directeur de l’information, de la publicité et des relations publiques de l’Expo 67, Patrick et d’autres praticiens en RP ont simultanément engendré de l’engouement global pour l’événement, et calmé les peurs des Canadiens quant à l’achèvement tardif du projet. « Nous serons prêts », voilà le cri de ralliement de l’équipe des RP à l’époque. Combien de fois Major Macleod avait-il fait la même promesse au cours de ses six années de service militaire? Il y croyait tout autant, donc les autres n’avaient de choix que de le suivre. L’Expo 67 a ouvert ses portes comme prévu et a accueilli plus de 50 millions de visiteurs au cours de ses six mois d’ouverture. Cinquante ans plus tard, le journal Globe and Mail a publié un article rétrospectif dans lequel on attribuait en grande partie le succès de l’exposition à la campagne de relations publiques.

Le gentleman du gentleman
En 1967, la Société canadienne des relations publiques a établi un bureau national et un secrétariat dans la ville d’Ottawa, et en 1972, Patrick, qui était parfaitement bilingue, est entré en fonction à titre de directeur général de la SCRP. Il s’est investi comme le ferait un capitaine-adjudant, l’officier d’état-major responsable de l’organisation, de la discipline et de l’administration; celui qui contrôle la bataille, alors que son supérieur la commande.

Ron Coulson, la seule personne ayant à la fois travaillé à titre de président national de la SCRP (1979 à 1980) et en tant que directeur général de notre organisme, décrit Patrick ainsi : « Il était un organisateur méticuleux et très généreux de son temps et de ses conseils envers les présidents de la SCRP qu’il a servi. Il nous a gardés sur le droit chemin; il savait que son travail consistait à appuyer son administration et ses membres. Il était un sacré bon administrateur. »
Don LaBelle, président national de 1982 à 1983, et un autre de ses bons amis, font écho de l’affirmation de Coulson en décrivant les habitudes de travail de Patrick : « Lorsqu’il était aux commandes, aucun détail n’était trop petit — rien n’était omis. » LaBelle ajoute toutefois — tout comme chaque personne consultée aux fins de cet article — que Patrick Macleod était d’abord et avant tout « le gentleman du gentleman ». Patrick « savait comment garder les bénévoles de la Société sur la bonne voie, calmer la tempête et conserver la paix lorsque le climat devenait épineux. »

Patrick est resté en fonction à titre de directeur général de la SCRP jusqu’à sa retraite en 1985. Don LaBelle nous éclaire quant à ses motivations : « ce qu’il souhaitait faire, bien sûr, c’était de créer des occasions pour que les membres de la SCRP puissent élargir leurs perspectives de perfectionnement pédagogique et professionnel. »
Pour ce faire, Patrick a convoqué des réunions conjointes avec la Public Relations Society of America (PRSA). Il a également contribué à fonder la Fondation des communications et des relations publiques (FC + RP) établie en 1979 dans le but d’appuyer l’éducation et la recherche en matière de RP et son importance au sein de la société, et s’y est même joint à titre de secrétaire-trésorier.

Toutefois, sa plus importante campagne était encore à venir. Et, elle allait impliquer le renversement des créneaux traditionnels, du statu quo, et de l’indifférence, dans le but de faire valoir le profond désir – voire le profond besoin – d’établir les normes pédagogiques de la profession des relations publiques.

Le premier diplôme
« Patrick était assurément la force motrice derrière l'entreprise de quatre ans visant à établir un programme menant à l’obtention d’un diplôme en relations publiques au Canada », affirme un fellow de la SCRP et un ami de longue date de Macleod, Ed Murray de Halifax. Murray faisait partie d’une petite équipe de membres de la SCRP, comprenant également Neil Oakley, le président national de la Société de 1976 à 1977, dont le mandat était de relever ce défi au cours de la première moitié des années 1970.

À l’époque, l’avis des experts suggérait que les cours du soir étaient mieux adaptés à la formation en RP. L’équipe de la SCRP était tout à fait de l’avis contraire, mais il y avait beaucoup de gens à convaincre : le gouvernement, les universités, même plusieurs praticiens en RP qui avaient appris sur le tas et croyaient que cela était suffisant.

« Personne n’a pris la proposition au sérieux, affirme Sandra, la fille de Macleod. Mon père et ses collègues se sont rendus chez la plupart des principales universités du Canada et partout, leur demande a été rejetée. »

Cependant, Major Macleod savait comment mener un combat sur plusieurs fronts et militer pendant des années au service d’une cause importante et vitale. Comparativement à la guerre, il s’agissait d’un défi de très petite taille. « Nous avons approché chaque personne avec qui Patrick a communiqué — et il y en avait plusieurs — y compris des politiciens, des cadres scolaires, même le Conseil de l’enseignement supérieur des provinces maritimes établi à Fredericton, se souvient Murray. Il n’y a aucun doute que Patrick a largement contribué à notre succès — il y croyait fermement et je pense que nous n’aurions pas été en mesure de réussir sans son enthousiasme et sa persévérance. »

À l’automne 1977, l’Université Mount Saint Vincent a accepté sa première cohorte de 28 étudiants au programme de Baccalauréat en relations publiques. Quatre ans plus tard, Sandra a obtenu son diplôme à la tête de cette classe, devenant alors une des premières fières bachelières en RP du Canada. En 2013, afin d’honorer son père et ses contributions au programme de l’Université Mount Saint Vincent, Sandra a mis sur pied la Bourse Patrick Macleod en relations publiques, octroyée annuellement à un étudiant méritant à court d’argent.

Jon White est un des premiers chefs de département du programme de baccalauréat en relations publiques de l’Université MSV. Il se souvient de la participation intime de Patrick à l’élaboration du curriculum du nouveau diplôme et plus tard, de ses contributions alors que les exigences du perfectionnement professionnel ont été établies au sein de la SCRP. « Patrick nous a toujours offert du soutien et des conseils pour nous aider à solidifier le programme universitaire en développement et à ancrer le contenu dans la pratique. C’était un réel plaisir de travailler avec lui – un homme calme, de conseil judicieux, et d’humeur joviale dans son mentorat. »

Héritage
Suivre les traces de son père dans le domaine des relations publiques semblait tout à fait naturel pour Sandra. Alors qu’elle fréquentait l’école secondaire, elle accompagnait son père au Congrès national de la SCRP. Bien assise au fond des salles de réunions, elle a été exposée aux principaux experts du secteur des communications. Garante de plus de 37 ans d’expérience en tant que directrice et leader au sein du secteur des relations publiques à l’échelle internationale, Sandra songe à l’influence de son père, à sa propre vocation, et à la profession en tant que telle au Canada.

« Mon père a toujours appuyé ma décision de poursuivre une carrière en relations publiques, toutefois, je n’ai jamais senti qu’il m’imposait ce choix de carrière, dit-elle. En fait, il m’a enseigné les fondements du respect, voire même de l’humanité et de la dignité en tant que telles, qui selon lui, constituaient les aspects fondamentaux de toute forme de communication. Il avait également énormément de respect pour l’écriture ». Sandra se souvient que son père a toujours examiné attentivement et à fond la façon dont il traitait ses enfants, et a toujours tenu compte « de la perspective et des valeurs des autres » pour déterminer l’avenue selon laquelle les communications pouvaient être utiles.

En 1988, Patrick et sa seconde femme Yvonne McLintock se sont retirés dans la ville de Mijas, en Espagne, où ils ont pleinement profité de la vie. Patrick a même dirigé la publication d’un livre au cours de sa 97e année d’existence. Il est décédé le 17 juin 2015 à l’âge de 98 ans, laissant dans le deuil quatre filles, deux belles-filles, 12 petits-enfants et 11 arrière-petits-enfants.

L’héritage de Patrick Macleod en tant que praticien et administrateur en relations publiques survit à travers les carrières et les vies fructueuses des diplômés du premier programme de formation public en RP de langue anglophone du Canada. Et cela va de même pour les futurs diplômés de l’Université Mount Saint Vincent et des autres établissements ayant eux aussi mis en œuvre des programmes de premier cycle et de cycles supérieurs en relations publiques.

« Il n’a jamais abandonné sa quête de perfectionnement personnel ni celle de l’avancement de la profession. Il s’est retiré en laissant la SCRP en excellent état, conclut Don LaBelle. Le degré de professionnalisme actuel des relations publiques au Canada peut être largement attribué à Patrick Macleod et à ceux qu’il a inspirés vers de nouveaux horizons. »

« J’adore mon père, avoue Sandra débordante d’admiration. Je sais que j’ai réussi à me forger une carrière à succès en RP, mais je sais aussi que je ne pourrai jamais être à la hauteur de ses réalisations extraordinaires. »

Ed Murray, ancien président national (1978 à 1979) le résume bien : « Il ne nous a tout simplement jamais laissé abandonner. »