Le long chemin du retour : L'histoire personnelle d'un Sikh enturbanné de diversité et d’inclusion dans le milieu des relations publiques.

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Au cours d’une conversation avec une collègue communicatrice chevronnée il y a de ça quelques années, elle m’a mis au défi de l’étonner par un exploit important au cours de mes quelque 20 années d’expérience en relations publiques et en communication. Il m’a fallu quelques secondes de réflexion pour en découvrir un, mais à ce moment je n’avais pas songé que mon principal exploit avait rapport à quelque chose dont nous n’avions jamais discuté auparavant : le fait que je sois le premier Sikh porteur de turban dans l’industrie et ce, dans tout le pays.

Certaines personnes ne considèrent pas la chose comme exceptionnelle, mais il importe de comprendre les défis auxquels une personne comme moi a fait face, et continue de faire face, sans oublier les stéréotypes reliés au turban des Sikh, y compris dans les commentaires exprimés par des membres de ma propre communauté ethnique.

Je suis né et j’ai grandi à Victoria, en Colombie-Britannique, et j’ai toujours perçu avoir droit aux mêmes possibilités que les autres, sans égard à mon apparence. Au moment où j’ai décidé de poursuivre une carrière en relations publiques et en communication, je désirais grimper les échelons et éventuellement, accéder à un poste de gestion ou de direction. La réaction que j’ai reçue de la part de mes amis et de membres de la communauté Sikh/pendjabi a été assez étrange.

La plupart de mes amis pensaient que j’avais fait le bon choix et étaient intrigués de me voir déménager à Halifax, en Nouvelle-Écosse, afin d’entreprendre le programme de baccalauréat en relations publiques à l’université Mount Saint Vincent (MSVU).

Toutefois, la réaction de certains membres de la communauté Sikh/pendjabi, dont certains membres de ma famille, n’était pas aussi positive ou encourageante. 

Ton turban va te nuire
Ces gens croyaient que plusieurs entreprises et organisations canadiennes étaient racistes et qu’aucune organisation ne voudrait ni ne permettrait jamais qu’un Sikh porteur de turban puisse parvenir à la direction. Peut-être se fondaient-ils sur leurs propres expériences, ou me préparaient-ils en vue des défis auxquels je serais confronté, mais j’ai trouvé leur réaction troublante, quoique peu surprenante. Leurs suggestions quant à ce que je devrais faire tombaient dans deux catégories :
  1. N’essaie même pas. Trouve-toi plutôt un emploi dans un entrepôt ou un autre endroit sûr. Ne songe même pas à une carrière en relations publiques ou en communication, tu n’y arriveras jamais.
  2. Si tu veux entrer dans ce domaine et éventuellement occuper un poste de gestion, renonce au turban, rase-toi (coupe tes cheveux et ta barbe), conforme-toi, essaie de ressembler aux autres et peut-être alors auras-tu une chance.
On m’a aussi conseillé de ne faire confiance qu’aux personnes de ma propre communauté ethnique, car elles étaient les seules sur lesquelles je pourrais compter. Par contre, mes propres expériences m’avaient appris le contraire, alors leur réaction ne m’a pas surpris. Mon problème, c’était de ne pas pouvoir pointer du doigt d’autres individus qui me ressemblaient au sein de la profession et dire « Regarde, il (ou elle) a réussi! ».

Tracer ma propre voie tout en restant moi-même
Il est devenu évident que peu importe ma décision, l’impact sur ma vie serait majeur et que je devais compter sur mes propres moyens. C’était à moi de trouver ma voie, de tracer mon cap dans ces eaux inconnues et de surmonter les cahots et les obstacles qui se dresseraient sur ma route. Le turban Sikh faisait partie de mon identité et toute ma vie, j’ai affronté les préjugés qui l’accompagnaient, alors j’étais prêt à affronter les défis. De plus, il était hors de question que je change mon apparence uniquement pour me conformer aux attentes des autres.

Ainsi, je suis parti pour Halifax où j’ai complété le programme de baccalauréat en relations publiques à MSVU, tout en étant la seule personne arborant une coiffure religieuse. J’étais également le seul étudiant non-blanc dans la classe.

J’ai décroché mon premier emploi dans le domaine au Collège Angara de Vancouver en 1999. Plus tard cette année-là, j’ai été embauché au poste qui m’a éventuellement comblé, chez Envirotest Canada (un sous-traitant qui réalisait des essais pour le défunt programme d’inspection et d’entretien des émissions de véhicules AirCare). Au cours des 15 années où j’y ai travaillé, je suis passé de spécialiste à gestionnaire des relations publiques et des communications, puis à chef de ce service, poste que j’ai occupé pendant neuf ans. Depuis, je me suis retrouvé dans des rôles de gestion et de direction au sein d’autres organisations comme la B.C. Liquor Distribution Branch et ICBC, avant de me joindre récemment à l’équipe des communications corporatives et des affaires publiques de Vancouver Coastal Health.

Adhésion à la Société canadienne des relations publiques
J’ai également laissé ma marque comme bénévole. Je suis membre national actif de la Société canadienne des relations publiques (SCRP) depuis 1999 et j’ai découvert que les membres, au plan local comme au plan national, étaient très accueillants et m’ont aidé à me sentir partie intégrante d’un réseau de soutien. Au cours de mes années à la SCRP, j’ai siégé aux conseils d’administration de la SCRP Île Vancouver, de la SCRP Vancouver et de la Société nationale, où j’étais encore la première personne portant une coiffure religieuse. Je suis revenu au Conseil d’administration national de la SCRP en octobre 2021 et récemment, je me suis joint au Conseil d’administration de la Fondation SCRP. Autre première à mon actif, j’ai obtenu l’agrément  en relations publiques (APR) de la SCRP en 2014.

Durant toutes ces années à la SCRP, une chose m’a frappé : la plupart des membres de la SCRP que j’ai rencontrés aux conférences nationales ou au sein des conseils d’administration de l’Île Vancouver, de Vancouver ou de la Société nationale étaient blancs et aucun d’entre eux ne me ressemblait, même au sein de la plus haute direction. La plupart des conversations portant sur la diversité à la SCRP traitaient d’attirer davantage de femmes aux postes de direction et comme conférencières invitées et présentatrices aux conférences nationales, ce qui me paraissant tout à fait sensé, vu que la plupart de nos membres et des professionnels sont des femmes. Une fois de plus, j’ai compris que c’était à moi de me tailler une place et de tracer ma propre voie pour que la pleine représentation puisse prévaloir.

En 2020, le Conseil d’administration de la SCRP a reconnu qu’à titre d’organisation professionnelle, la Société n’avait pas fait sa part afin que ses effectifs et sa direction reflètent la diversité au sein de la profession. La SCRP s’est engagée à promouvoir la diversité et l’inclusion tout en créant un fort sentiment d’appartenance chez tous les membres et les professionnels des relations publiques, y compris chez les Noirs, les Autochtones, les femmes, les personnes de divers genres, les personnes de couleur et les personnes avec handicap visible ou invisible. Cette mesure plus que nécessaire s’était fait attendre et j’espère qu’elle permettra d’apporter du changement en ce sens.

Mon expérience actuelle
Ce n’est qu’il y a à peine quelques années que j’ai croisé un autre professionnel canadien portant le turban Sikh, soit Parm Chohan, de Toronto. Quelques autres professionnels des communications portent aussi des coiffures religieuses.

La réalité nous montre sa face cachée de temps à autre et je reçois encore plusieurs commentaires racistes et discriminatoires. Combien de professionnels des relations publiques ou des communications peuvent déclarer s’être fait appeler tête de serviette, tête de chiffon, terroriste ou Osama Ben Laden? C’est un dur rappel que peu importe ce que j’ai accompli, certains continueront toujours de me juger par mon apparence.   
C’était donc une de mes grandes réalisations. Peut-être n’ai-je pas reçu de nombreux prix ou distinctions, mais j’ai franchi une étape significative dont je suis vraiment fier : être un des premiers porteurs du turban Sikh à travailler en relations publiques et en communication au Canada, tout en demeurant fidèle à moi-même et en refusant de changer mon identité.  

Appel à l’action pour la SCRP
En 2020, le Conseil d’administration national de la SCRP a formé le Groupe de travail national sur l’équité, la diversité et l’inclusion (ÉDI) afin de développer un cadre visant à créer un changement positif au sein de la SCRP et de la profession canadienne des relations publiques, en affirmant son engagement à rendre l’organisation plus diversifiée et plus inclusive pour tous et toutes.

La principale priorité de ce groupe de travail consiste à développer une stratégie nationale d’ÉDI en consultation avec les Sociétés locales et le Bureau national, dans le but de créer du changement et d’enchâsser des  politiques et pratiques d’ÉDI dans tous les domaines de la Société nationale. Il est question ici, entre autres, de la planification stratégique, du choix des images et du langage, du choix des conférenciers et des sujets dans le cadre des événements, ainsi que du recrutement et de la sélection des membres du Conseil d’administration et de l’exécutif.

Pour ce faire, la SCRP nationale cherche des membres désireux de se joindre au Groupe de travail afin de faire partie du changement. Vos connaissances, vos réflexions et vos points de vue contribueront à faire en sorte que la Société élimine les obstacles et offre à tous ses membres des possibilités équitables de participer pleinement à leur profession et à leur association professionnelle, à quelque niveau que ce soit.
Si vous recherchez plus de renseignements sur ce sous-comité ou si vous souhaitez y adhérer, adressez-vous à moi ou au Bureau national.

À propos de l’auteur
Rashpal Rai, ARP, est chef des communications chez Vancouver Coastal Health et membre actif de la SCRP depuis 22 ans. Il dirige présentement le Groupe de travail national de la SCRP sur l’équité, la diversité et l’inclusion et siège aux conseils d’administration de la SCRP Vancouver, de la SCRP nationale et de la Fondation SCRP. Vous pouvez le rejoindre à l’adresse Rashpal.Rai@shaw.ca ou par son compte LinkedIn à www.linkedin.com\in\rashpalraiapr.